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Eau et milieux aquatiques

Les ouvrages d’infiltration entraînent-ils des difficultés supplémentaires d’entretien notamment en période hivernale ?

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publié le 25 mars 2019
Ce qu’il faut retenir :

Les produits utilisés pour déneiger les sols ou traiter la végétation sont certes potentiellement dangereux pour les milieux naturels et leur usage devrait être, dans tous les cas, réduit autant que possible.
Cependant, le fait d’infiltrer localement les eaux dans le sol n’aggrave en général absolument pas la situation par rapport aux techniques classiques. Il n’y a donc aucune obligation spécifique de changer les pratiques de gestion même si cela reste fortement conseillé.

La viabilité hivernale peut parfaitement être assurée avec des revêtements poreux. Un surcoût est cependant à prévoir si l’on souhaite continuer à utiliser des sels de déneigement (env. +30%) ; mais à l’opposé, utiliser ce type de revêtement peut permettre d’initier une réflexion sur les pratiques de viabilisation hivernale.

Pour aller plus loin

Les deux questions les plus soulevées concernent la viabilité hivernale et l’entretien de la végétation de l’ouvrage lui-même ou des espaces verts avoisinants.

Les moyens généralement utilisés pour assurer la viabilité hivernale reposent sur l’utilisation de produits fondants (sels de déneigement) et l’entretien de la végétation requiert souvent l’utilisation d’engrais ou de produits phytosanitaires. Dans les deux cas la conséquence est la production de polluants que l’on pense dangereux d’infiltrer dans le sol et la nappe phréatique. Cela s’accompagne également d’une diminution de la capacité de traitement des végétaux et des sols d’infiltration à cause de la toxicité de ces produits.

1/ L’utilisation de techniques d’infiltration pose la question d’une modification des pratiques voire d’interdire les modes de gestion habituels.

En réalité le fait d’infiltrer localement l’eau ne rend pas impossible le maintien des pratiques habituelles :

  • D’une part, les chaussées des routes nationales, départementales et même des routes de campagne sont toujours déneigées avec des produits fondants et l’utilisation des produits phytosanitaires n’est pas interdite dans les champs. Il est donc tout à fait possible d’infiltrer ces produits ;
  • D’autre part la gestion des eaux pluviales par un réseau d’assainissement traditionnel ne résout pas le problème car les eaux ne sont de toute façon pas traitées avant leur rejet au milieu naturel.

2/ L’utilisation de sels de déneigement est encore une pratique habituelle dans les villes françaises en cas de verglas ou de chutes de neige. Cette pratique est plus difficile à mettre en œuvre sur les revêtements poreux pour trois raisons :

  • Il est plus difficile de procéder de façon efficace à un salage préventif car la saumure s’infiltre dans le revêtement et les grains de sel vont se loger dans les creux où ils ne sont pas efficaces ;
  • Le fait que le revêtement soit poreux, donc ventilé, diminue la température de surface et augmente le risque d’apparition de verglas, phénomène d’autant plus préjudiciable que le revêtement n’étant pas lisse, la surface de contact entre les pneus et le revêtement est réduite ;
  • L’infiltration d’eau salée, et éventuellement polluée (les sels de déneigement contiennent souvent des impuretés, notamment des cyanures), risque de polluer les nappes phréatiques.

Ces trois arguments sont vrais mais ne doivent pas non plus être surestimés. L’entretien hivernal des revêtements poreux est maintenant bien maîtrisé par les gestionnaires de réseaux routiers qui les utilisent fréquemment comme couche de roulement. Il nécessite cependant une augmentation d’environ 30% des quantités de produits.

Enfin, on peut s’interroger sur la nécessité d’utiliser partout des sels de déneigement… Indépendamment de la gestion des eaux pluviales, ces produits ont de nombreux impacts négatifs sur l’environnement et il vaudrait mieux en réduire fortement l’usage. Au Canada, Robin Valleau et Jamie Summers, chercheurs à l’université d’Ontario, ont ainsi mis en lumière les effets dévastateurs de l’utilisation du sel de déneigement sur les lacs du pays qui tendent à devenir « salés ».