Envoyer à un ami  Imprimer  Augmenter la taille du texte  Réduire la taille du texte  abonner article  desabonner article
Eau et milieux aquatiques

Le développement des moustiques est-il favorisé par les techniques alternatives ?

partager sur facebook partager sur twitter
publié le 25 mars 2019
Ce qu’il faut retenir :
Le risque d’augmentation des populations de moustiques du fait de la mise en place de techniques alternatives est exagéré et peut être combattu par des règles simples de conception et d’exploitation.
  • Le premier facteur est la durée de stockage des eaux pluviales qui ne doit pas excéder environ 48h. Attention ! Cela dépend évidemment du niveau de pluie concerné : pour une pluie de période de retour élevée (20, 30, 50 ans), donc rare, le stockage peut durer plus de 48h. Inversement, pour les petites pluies, il doit durer moins longtemps.
  • Le second est d’éviter toute zone de stagnation de petites quantités d’eaux. Pour les petites pluies, qui sont fréquentes, il convient d’en assurer l’infiltration. Toute surface imperméable a beaucoup plus tendance à retenir l’eau dans ses petites déformations et à permettre un éventuel développement de moustiques. A l’opposé, désimperméabiliser réduit ces « mini-stockages » imperméables et permet de lutter contre le développement de moustiques.
  • Enfin, le troisième est l’entretien des espaces verts et des éventuels espaces en eau.

Pour aller plus loin

Dans un contexte de changement climatique se traduisant par la remontée vers le nord de nombreuses espèces, la crainte de maladies, éventuellement graves, associées aux moustiques (paludisme, fièvre jaune, dengue, fièvre du Nil occidental, chikungunya, virus zika), est tout à fait naturelle.
Les techniques alternatives, parce qu’elles préconisent généralement une gestion des eaux pluviales au moins en partie en surface, sont souvent suspectées de favoriser le développement des populations de moustiques et donc d’augmenter les risques d’infection en créant des conditions favorables au cœur des villes.

De façon pratique la crainte principale réside dans le fait de développer en ville des zones humides favorables au développement des larves lors de leur phase aquatique. La femelle dépose en effet ses œufs à la surface d’une étendue d’eau permanente ou temporaire dont la nature peut d’ailleurs être très variable selon les espèces. Si les œufs peuvent résister plusieurs mois à des périodes de sécheresse, le développement de la larve nécessite, selon les espèces et la température de l’eau, entre 4 à 12 jours de séjour continu dans un milieu humide.
Cela signifie que seules les techniques pour lesquelles la présence d’eau dépasse de façon continue la durée de quatre jours présentent un risque, ce qui exclut toutes les techniques d’infiltration qui doivent se vider en moins de 48 heures.

C’est pourquoi la plupart des techniques alternatives, se vidangeant en moins de 48h, ne constituent pas des gites favorables au développement des larves de moustiques.

Par ailleurs, il est nécessaire que la femelle moustique ait accès à la surface de l’eau. Il n’existe donc pas non plus de risque pour les techniques de stockage fermées (cuves, citernes, chaussées à structure réservoir, …) ou simplement protégées par une moustiquaire.

Finalement seules les techniques qui maintiennent de l’eau libre en surface pour des durées longues augmentent le risque de développement des populations de moustiques. Mais tous les plans d’eau permanents ne sont pas nécessairement à risque. Si l’écosystème est de bonne qualité, il va abriter, outre les larves de moustiques, beaucoup de leurs prédateurs naturels (poissons, batraciens, etc.) qui éviteront leur prolifération.

Enfin, la plupart des moustiques sont des insectes assez peu voyageurs. Même si certaines espèces, avec des vents favorables, peuvent parcourir une quinzaine de kilomètres, le parcours moyen d’un moustique pour trouver sa proie dépasse rarement quelques centaines de mètres. Il est donc beaucoup plus probable de se faire piquer par un moustique qui a éclos très près de son domicile en profitant d’un des nombreux gites artificiels « urbains » (gouttière, pneu, toiture-terrasse à plots, bidon, boîte de conserve, pot de fleurs, etc.), et en particulier d’un ouvrage classique de gestion des eaux pluviales (réseau pluvial, avaloir ou regard unitaire), que par un moustique pondu dans un ouvrage de technique alternative.

Ceci est particulièrement vrai pour les moustiques tigres, vecteurs les plus efficaces des maladies les plus graves, dont les larves supportent mal la compétition avec les autres espèces et qui, de ce fait, se reproduisent surtout dans les micro-zones humides dispersées.

La seule précaution à prendre, lorsqu’on utilise une solution reposant sur l’infiltration, est de s’assurer qu’aucune zone ne restera en eau pendant une période longue. C’est l’une des raisons pour lesquelles les acteurs de l’eau recommandent que :

  • la vidange des ouvrages de surface se fasse en moins de 48 heures ;
  • l’imperméabilisation des sols soit évitée : un sol perméable ne reste pas en eau.

Dans le cas de stockage d’eau sur des périodes plus longues, il faut se protéger des risques en utilisant des dispositifs fermés ou protégés par des moustiquaires.

Dans le cas d’un plan d’eau permanent (mare associée à un jardin de pluie), la protection la plus efficace consiste à assurer un fonctionnement équilibré de l’écosystème, avec la présence permanente de prédateurs des larves (batraciens et poissons en particulier).